Évaluation de la vulnérabilité environnementale du littoral de la cote d’ivoire en cas de pollution par les hydrocarbures

Etude par Sindou Amadou KAMAGATE 

La production pétrolière en Côte d’Ivoire est l’industrie minière la plus développée et est exclusivement réalisée sur le plateau continental par les plus grandes compagnies pétrolières du monde. Pour assurer la sécurité environnementale de la production et du transport pétrolier, cet article a évalué la vulnérabilité générale de la zone côtière de Côte d’Ivoire à la pollution pétrolière afin de réaliser la carte de vulnérabilité du littoral ivoirien. Cette carte permettra non seulement de définir les zones sensibles et fragiles qui sont à protéger du point de vue écologique; mais aussi de connaître la capacité de réaction du pays face à une pollution pétrolière de son littoral. 

Les thèmes qui composent la carte de vulnérabilité sont:

  • La vulnérabilité générale de la côte et des berges d’après l’indice ESI (Indice de sensibilité environnementale),
  • Les ressources biologiques vulnérables,
  • Les activités socio-économiques et usages vulnérables, Les ressources logistiques et opérationnelles.

La consommation mondiale de pétrole est en hausse significative à travers le monde. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le pourcentage de pétrole dans la consommation totale d’énergie a atteint les 43% en 2006 alors qu’en 2001, elle était de 40%. Cette croissance continue conduit inévitablement à l’augmentation de la production de brut. Le développement de l’exploitation pétrolière s’oriente vers les technologies de production offshore à cause de l’immensité des réserves maritimes. Si cette présence plus marquée en mer rentabilise l’activité, en revanche elle représente de grands risques pour l’environnement marin et côtier dans les zones de production.

La pollution marine est liée non seulement à la production, mais aussi aux transports des produits pétroliers. Le Golfe de Guinée, regroupant le Nigéria qui est un pays membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et d’autres pays ayant un potentiel de production élevée en hydrocarbures tels que la Guinée équatoriale, le Gabon, le Ghana et la Côte d’Ivoire, n’est pas épargné.  Ainsi, afin de se prémunir d’un dispositif adapter en cas de pollution marine et lagunaire, 22 pays d’Afrique Occidentale Centrale et Australe ont mis en place l’Initiative Mondiale pour l’Afrique Occidentale, Centrale et Australe (GI WACAF). Cette initiative a pour mission de renforcer la capacité nationale de lutte contre les pollutions aux hydrocarbures dans chacun des 22 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre par la mise en place de partenariats locaux entre les industries pétrolières et les autorités responsables de la préparation et de la lutte contre les déversements d’hydrocarbures. 

C’est dans ce cadre que le Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL) s’est engagé dans la réalisation d’une carte de vulnérabilité du littoral ivoirien. Cette carte permettra non seulement de définir les zones sensibles et fragiles qui sont à protéger du point de vue écologique; mais aussi de connaître la capacité de réaction du pays face à une pollution pétrolière de son littoral. 

Notre étude est une contribution à la réalisation de la carte de vulnérabilité en Côte d’Ivoire. Cette carte évalue la vulnérabilité globale de la zone côtière de la Côte d’Ivoire en cas de pollution pétrolière. Les thèmes qui composent la carte de vulnérabilité sont:

  • La vulnérabilité générale de la cote et des berges d’après l’indice ESI (Indice de sensibilité environnementale),
  • Les ressources biologiques vulnérables,
  • Les activités socio-économiques et usages vulnérables, ü Les ressources logistiques et opérationnelles.

Zone d’étude

L’environnement marin et côtier, à l’interface entre le continent, l’océan et l’atmosphère, constitue le milieu privilégié d’échanges permanents entre ces trois écosystèmes. Ces interactions écosystémiques rendent ce milieu très complexe et fragile, mais en équilibre.

La zone côtière de la Côte d’Ivoire est délimitée par les latitudes 4°00 et 5°30 Nord et longitudes 2°25 et 7°30 Ouest et s’étend sur une superficie de 32 960 Km2. Cette zone regroupe les régions suivantes: Sud Comoé, Grands Ponts, Gbôklé, la région de SanPédro et le district d’Abidjan et comprend 12 chefs lieu de département avec une population de 7.152. 374 habitants selon le RGPH, 1998 et une densité de 137 habitants/km2 estimée en son temps (Abe, 1995, Abe et Kaba, 1997).

La zone côtière constitue la zone d’occupation humaine avec le développement des activités socioéconomiques telles que la pêche, la chasse, le tourisme, la construction des œuvres d’art et l’agriculture. En plus de cela, les écosystèmes côtiers participent entre autres à la sauvegarde de la diversité biologique, à l’auto épuration naturelle des eaux usées, à la stabilisation des lignes de rivage en les protégeant contre l’érosion côtière.

Elle se caractérise par la présence d’un plateau continental de 12.000 km² et de différents écosystèmes qui fournissent un habitat pour de nombreuses espèces animales aquatiques et terrestres. Aussi, ces écosystèmes fonctionnent-ils comme des nurseries pour le stade juvénile de beaucoup de Poissons et Crustacés.

Enjeux de la carte de vulnérabilité

La carte de vulnérabilité permet une planification d’urgence pendant la lutte contre la pollution. L’importance de développer les cartes hors temps de crise montre les impacts possibles d’une pollution par hydrocarbures sur la base d’illustration et les thèmes qui composent les cartes de vulnérabilité des côtes. 

Il existe trois types cartes selon les différents utilisateurs:

Les cartes stratégiques dédiées aux décideurs,                                                                                              Les cartes tactiques pour les responsables des opérations, 

Les cartes opérationnelles destinées aux opérateurs de la lutte sur le terrain.  La corrélation est évidente entre cet ordre d’utilisateurs et les phases de développement du plan d’intervention d’urgence.

Les thèmes qui composent les cartes de vulnérabilité des cotes sont: 

  • La vulnérabilité générale de la cote et des berges d’après l’indice ESI, 
  • Les ressources biologiques vulnérables, 
  • Les activités socio-économiques et usages vulnérables, 
  • Les ressources logistiques et opérationnelles, 

La vulnérabilité du littoral a été divisée en 3 classes selon l’impact d’une pollution sur les différents thèmes qui composent les cartes de vulnérabilité (la vulnérabilité générale de la côte et des berges d’après l’indice ESI, les ressources biologiques vulnérables, les activités socio-économiques et usages vulnérables, les ressources logistiques et opérationnelles, et les sources de pollutions).  

La vulnérabilité du type de côte est synthétisée en 3 classes par l’indice ESI :

  • S1: faible: ESI 1 à ESI 7   S2: moyenne: ESI 8, ESI 9  S3: fort: ESI 10.

Indice de sensibilité environnementale (ESI) est utilisé pour identifier la vulnérabilité du littoral avant un déversement d’hydrocarbures afin de définir les priorités en matière de protection et des stratégies d’assainissement des côtes. Ainsi l’impact sur l’environnement du déversement planifié à l’avance peut être réduite ou empêchée.

carte synthèse de la vulnérabilité globale du littoral ivoirien

La carte présente trois (3) zones de sensibilité du littoral:

  • La première zone va de la frontière ghanéenne à la ville de Jacqueville.

Cette zone peut être considéré comme très vulnérable car elle regroupe des niveaux de sensibilité forte sur tous les plans (sensibilité socioéconomique du littoral, sensibilité des types de côtes, sensibilité biologique du littoral). Cela s’explique au niveau socioéconomique par la présence dans cette zone de la ville d’Abidjan avec le port autonome et toutes les autres infrastructures économiques installées le long de la côte. C’est cette zone aussi qui abrite le fort des activités pétrolières en Côte d’Ivoire. 

Cette zone abrite également tous les moyens antipollution du pays qui se trouvent dans le district d’Abidjan, donc on pourra réagir à temps en cas d’incident. 

  • La deuxième zone va de Jacqueville à Sassandra. 

Cette zone est moyennement vulnérable parce qu’à part une forte vulnérabilité au niveau des types de côte, elle présente des sensibilités moyennes des activités économiques et des sensibilités faibles biologiques même si on enregistre des piques par endroits autour des villes côtières de Grand-Lahou, Fresco et Sassandra.

  • La troisième zone peut être considérée comme faiblement vulnérable.  Elle va de Sassandra à la frontière libérienne. Ici tous les niveaux de sensibilité sont moyens ou même faibles. Néanmoins il va falloir faire attention aux côtes de la ville de San-Pedro qui est un pôle économique (premier port mondial d’exportations de fèves de cacao) et touristique très important de la Côte d’Ivoire. 

La Côte d’Ivoire dispose de peu de ressources logistiques et opérationnelles de lutte antipollution. En effet le CIAPOL qui est la structure étatique habilité à avoir le matériel nécessaire a perdu le minimum des moyens de lutte antipollution qu’il avait suite à la crise poste électoral de 2011. Ensuite sur les 18 compagnies pétrolières qui sont effectivement installées en Côte d’Ivoire, seulement deux (2) ont véritablement du matériel antipollution listé et localisé. Ce sont CNRI et PUMA ENERGY. Ces deux (2) sociétés étant en production ont en leur possession du matériel antipollution non seulement sur leurs sites de production mais aussi sur leurs bases à Vridi. C’est le cas notamment de la CNR International. AFREN et FOXTROT ont sans doute des équipements antipollution car étant en production, mais elles ne communiquent pas assez sur leurs capacités réelles de lutte et la localisation de leurs moyens. Les compagnies en cessation d’activités, ORANTO et TULLOW OIL, et les compagnies en installation ou en exploration que sont TOTAL E&P CI, ANADARKO et LUKOIL OVERSEAS Côte d’Ivoire E & P Ltd disposent souvent de petits matériels dans le cadre du plan d’urgence à bord en cas de pollution pétrolière (SOPEP-The ship oil pollution emergency plan) pendant l’exploration. Ces équipements antipollution ne peuvent même pas faire face à une pollution de niveau 1 qui de 50 tonnes d’hydrocarbures déversés, ils peuvent simplement confinés une fuite pendant l’exploration. Il est nécessaire de souligner qu’en phase d’exploration, le risque de pollution bien qu’existant est tout à fait contrôlable avec cet équipement SOPEP. Les compagnies nationales que sont PETROCI, GESTOCI, SMB et SIAP ont en commun leurs matériels antipollution avec la SIR. Elles toutes comptent sur la SIR en cas de déversements. Mais le problème est que la SIR n’est pas suffisamment équipée car elle n’aurait ni moyens d’ancrage et d’amarrage, ni moyens de pompage et ni moyens de nettoyage. Elle dispose par contre d’énorme quantité de dispersant. Le SIAP a son petit matériel qui ne peut qu’intervenir a un déversement de 20 tonnes d’hydrocarbures qui est son niveau 1 hors le plan POLLUMAR estime à 50 tonnes le niveau 1. Donc le SIAP a fixé ses propres niveaux d’intervention qui sont inférieurs à la norme internationale. 

L’exploitation pétrolière étant constamment en progression en Côte d’Ivoire, l’état devra à travers le CIAPOL fixer un minimum de matériels antipollution que doivent avoir toutes compagnies voulant exercer dans ce domaine. 

Il est à préciser que tous les moyens antipollution disponibles en Côte d’Ivoire se trouvent à Abidjan, donc inégalement répartis non seulement le long du littoral ivoirien mais aussi sur la marge d’Abidjan qui s’étend de Grand-Lahou jusqu’à la frontière ghanéenne, la zone où se trouvent les quatre blocs en production. Donc dans le cas d’une intervention, la zone d’Abidjan sera la plus proche des moyens antipollution. Il faut aussi noter que cette zone à le risque le plus élevé de déversements avec la présence de quai d’appointements, de pipelines, de champs pétroliers en production etc…. Il va falloir néanmoins penser au reste du littoral car le risque de naufrage de navires pétroliers au large de la Côte d’Ivoire n’est pas nul. Les navires pétroliers qui transportent les hydrocarbures des fortes zones de production du golfe de guinée (Nigeria, Guinée-équatoriale, Angola etc…) vers les plus grands consommateurs (USA et Europe) ne passent pas forcément très loin des eaux territoriales ivoiriennes.

Les moyens antipollution de la Côte d’Ivoire sont basés en général sur les dispersants et le pays est associé à l’Initiative Mondiale pour l’Afrique Occidentale, Centrale et Australe dénommée GI WACAF. GI WACAF a un Service de surveillance aérienne et de dispersants pour l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale. L’utilisation de dispersants n’est pas une mauvaise chose, mais ils ne sont pas la réponse adaptée à tous déversements d’hydrocarbures. Il faut donc que la Côte d’Ivoire s’équipe de d’autres éléments d’intervention pour qu’elle puisse réagir de façon approprié à un déversement.  

Depuis les années 1970 la Côte d’Ivoire a décidé de se relancer dans l’exploitation pétrolière. Elle avait été déclaré stérile en hydrocarbures tout juste après l’indépendance car les travaux d’exploration non pas données de résultats convaincants. L’avancée de la technologie et des nouvelles techniques d’exploration en offshore ont permis à la Côte d’Ivoire de produire du pétrole et du gaz naturel surtout sur la marge d’Abidjan. Les statistiques d’activités publiées par le ministère ivoirien des mines, du pétrole et de l’énergie montrent un accroissement de la production d’hydrocarbures d’année en année. Cette production croissante surtout réalisée en offshore, augmente les risques de pollution marine et lagunaire par les hydrocarbures. Donc il était nécessaire que la Côte d’Ivoire à travers le CIAPOL connaisse les zones vulnérables de son littorale en cas de déversements d’hydrocarbures. Ce que le CIAPOL a décidé de réaliser dans le cadre de l’Initiative Mondiale pour l’Afrique Occidentale, Centrale et Australe (GI WACAF). Cette carte au-delà de montrer la vulnérabilité du littoral sous plusieurs indices (types de côtes, sensibilité biologique et sensibilité socioéconomique), recense et localise les ressources logistiques et opérationnelles en Côte d’Ivoire. 

Les ressources logistiques et opérationnelles présentent sur le territoire national appartiennent exclusivement aux compagnies pétrolières; le CIAPOL ayant perdu son matériel antipollution suite à la crise poste électorale de 2011. Les compagnies pétrolières disposent de moyens antipollution selon qu’ils sont en cessation d’activités, en installation, en exploration, en exploitation ou en production. Les compagnies en cessation d’activités et en installation ne sont pas tenues d’avoir du matériel de lutte antipollution parce qu’ils n’ont aucune activité de forages et même d’extraction d’hydrocarbures. Néanmoins elles sont tenues de s’équiper avant le début de toutes activités, certaines ont même des moyens d’intervention dans le cas d’un petit déversement. Cette intervention initiale sera effectuée en utilisant le Plan d’urgence à bord en cas de pollution pétrolière (SOPEP-The ship oil pollution emergency plan), propre à l’installation de forage qui sera réalisé. Les compagnies en exploration ont également des moyens antipollution qui permettent de confiner une fuite.

Les moyens antipollution disponibles sont insuffisants car toutes les compagnies comptent les unes sur les autres. A titre d’exemple PETROCI qui est la première compagnie nationale a du matériel avec la SIR qui n’aurait ni moyens d’ancrage et d’amarrage, ni moyens de pompage et ni moyens de nettoyage. Les dispersants restent le moyen de lutte antipollution le plus disponible et sont les premiers à être utilisés en cas de déversements par les pétroliers en général dans le monde pour dissimuler le problème. Le déversement de CNRI au large de Jacqueville en 2006 a montré les limites de l’utilisation unique des dispersants car après épandage des boulettes d’hydrocarbures ont échoués sur les plages du littoral. La Côte d’Ivoire est en cour de rééquipements et fera mieux donc de s’équiper d’autres moyens antipollution pour faire face à toutes éventualités car ses capacités de réaction et de réponse sont très limitées. Le risque de déversements étant réel, il faut l’existence de moyens pour que le littoral soit protégé. Abidjan appartenant à la zone la plus vulnérable sur la carte, concentre la majorité des ressources logistiques et opérationnelles. C’est pourquoi le CIAPOL envisage donc de non seulement décentraliser les équipements de luttes antipollution sur toutes les localités de cette zone (Grand-Lahou, Jacqueville) mais aussi les étendre sur toutes les autres villes du littoral que sont Sassandra, San-pédro, Grand-Béréby et Tabou. 

La Côte d’Ivoire dispose d’usines de traitements de résidus liquides d’hydrocarbures qui permettent de traiter les hydrocarbures récupérer en cas de pollution marine et lagunaire. Bien qu’elles soient en quantités insuffisantes, ces usines peuvent traiter les résidus liquides d’hydrocarbures jusqu’à la concentration de 10mg d’hydrocarbures par litre qui est la norme en Côte d’Ivoire. On peut donc dire que la Cote d’Ivoire peut apporter une réponse à ce niveau même si celle-ci peut être insuffisante. 

Recommandations 

A la suite de cette étude, il est important de faire les recommandations qui suivent: 

  • Le CIAPOL devra s’équiper en matériels antipollution car il a perdu les siens suite à la crise poste électorale de 2011,  
  • L’Etat de Côte d’Ivoire à travers le CIAPOL et l’ANDE doit fixer un minimum de matériels antipollution aux compagnies pétrolières dans leurs études d’impact environnemental pour qu’en exploitation, elles puissent réagir face à un déversement d’hydrocarbures de niveau 1,
  • Le CIAPOL devra pour donner une réponse efficace en cas de déversements d’hydrocarbures, coordonner toutes les ressources logistiques et opérationnelles présentes sur le territoire national comme préconise d’ailleurs certaines compagnies pétrolières, 
  • Les dispersants présents en Côte d’Ivoire doivent être soumis à une réglementation qui pour le moment est inexistante. Cela permettra de fixer leurs normes d’utilisations (types de dispersants, sa composition chimique, quantité à déverser en cas de marée noire, étude d’impact sur le milieu récepteur etc…).
  • Pour la mise à jour des données des ressources logistiques et opérationnelles, le CIAPOL devra constamment procéder à la vérification de leurs emplacements, leurs quantités et surtout leurs qualités. Ce qui permettra de comprendre dans quelle dynamique évolue les moyens antipollution disponibles en Côte d’Ivoire,

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