Le Brésil s’accorde avec la Russie pour lui « acheter tout le diesel qu’il pourra »

Le Brésil compte acheter autant de diesel qu’il pourra à la Russie malgré les sanctions qui pèsent sur Moscou, un accord est « presque » sur le point d’aboutir.

Le rapprochement entre le Brésil et la Russie se confirme. Brasilia se refuse de se mettre au diapason des sanctions de l’Union européenne et des Etats-Unis envers Moscou depuis le début de l’invasion de l’Ukraine le  24 février.  Le pays sud-américain a souligné, mardi, à l’ONU, par la voix de Carlos Alberto Franco França, le chef de la diplomatie brésilienne vouloir acheter autant de diesel qu’il pourra à la Russie. Un gros coup de canif dans l’unité internationale voulue par Washington pour isoler Moscou.

« Nous devons être sûrs d’avoir suffisamment de diesel pour l’agro-industrie et pour les chauffeurs brésiliens », a argumenté le ministre. « Le Brésil est un partenaire stratégique de la Russie, un pays dont elle est fortement dépendante pour les engrais. Notre pays recherche la sécurité en termes d’approvisionnement et la Russie fait partie de ces fournisseurs sûrs ».

Jair Bolonaro, un proche de Vladimir Poutine

Face à l’escalade des prix du carburant et à l’approche de la présidentielle d’octobre, Jair Bolsonaro – proche de Vladimir Poutine – annonçait déjà lundi qu’il était sur le point de conclure un accord pour acheter du diesel à la Russie. Le président brésilien avait déjà obtenu de la Russie un engagement à garantir un approvisionnement « ininterrompu » en engrais, vital pour la puissante agro-industrie brésilienne. Puissance agricole mondiale, le Brésil importe plus de 80% des engrais qu’il utilise, et plus de 20% d’entre eux proviennent de la Russie, son principal fournisseur.

Poutine appelle les Brics à coopérer face aux « actions égoïstes » des pays occidentaux

Ces accords interviennent alors que le 23 juin, Vladimir Poutine appelait les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à coopérer face aux « actions égoïstes » des pays occidentaux. Il dénonçait notamment les tentatives de ces pays occidentaux de « se servir des mécanismes financiers pour rendre le monde entier responsable de leurs propres erreurs de politique macroéconomique ». Pour le président russe, « un rôle de meneur de la part des pays des Brics est aujourd’hui nécessaire comme jamais pour élaborer une politique unificatrice, positive visant à créer un système (mondial) réellement multipolaire ».

Le G7 peine à rallier à sa cause les démocraties émergentes

Quatre jours plus tard, le G7 avait convié cinq pays émergents, dont les géants indien et sud-africain, particulièrement exposés aux risques de crise alimentaire, pour élargir le front des démocraties face à Moscou et Pékin. Pour le chancelier allemand Olaf Scholz, cette invitation devait montrer que la « communauté des démocraties » ne se résume pas à « l’Occident et aux pays de l’hémisphère nord ». Le G7 cherchait alors à arrimer dans son camp l’Inde, le Sénégal et l’Afrique du Sud, qui se sont abstenus lors du vote d’une résolution de l’ONU condamnant l’attaque russe.

L’inflation au Brésil a atteint en juin 11,89% sur un an, en légère accélération par rapport aux 11,73% enregistrés le mois précédent, selon les chiffres officiels publiés vendredi. Sur le premier semestre de l’année, l’inflation s’établit à 5,49%, au-delà déjà de l’objectif de la banque centrale de 5% pour l’ensemble de l’année. Selon la dernière enquête Focus de l’institut d’émission, l’inflation devrait se situer à près de 8% cette année. La forte inflation est l’un des points noirs pour le gouvernement de Jair Bolsonaro, qui brigue un second mandat en octobre dans un contexte économique fortement dégradé. Elle affecte des dizaines de millions de Brésiliens, alors que 33 millions d’entre eux sont confrontés à la faim et que plus de la moitié de la population, soit 125 millions de personnes, connaissent une insécurité alimentaire. Face à l’inflation persistante, la banque centrale du Brésil a procédé à onze relèvements successifs de son taux directeur, désormais à 13,25%, au risque de freiner la reprise économique. Ce taux atteint ainsi son niveau le plus élevé depuis janvier 2017, alors qu’il se situait à son plancher historique de 2% en mars 2021, au cœur de la pandémie de Covid-19.

Le taux de chômage au Brésil est passé sous les 10% pour la première fois depuis janvier 2016, à 9,8% pour la période allant de mars à mai, selon les chiffres officiels publié 1,4 point par rapport aux trois mois précédents (11,2% en décembre-février). Malgré cette embellie, le plus grand pays d’Amérique Latine compte encore 10,6 millions de chômeurs. Le revenu moyen des travailleurs a également baissé, accusant un recul de 7,2% par rapport à la même période en 2021, tandis que l’inflation s’élevait à 11,7% sur un an en mai. Le nombre de personnes employées dans l’économie informelle, qui travaillent donc le plus souvent sans contrat et dans des conditions précaires, est resté très élevé, à 39,1 millions lors du trimestre sous revue, soit 40,1% de la population active.

(avec AFP)

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